En amont du Nouveau Sommet Afrique-France (08 Octobre), Business France organise le 05 et 06 Octobre la 3ème édition de Ambition Africa, l'événement business de référence entre l'Afrique et la France. 5 startups (jeunes pousses) Mauritaniennes font partie des entreprises africaines invitées à participer à l'événement. Je représente la fintech Goomfund au côté de mes autres pairs entrepreneurs à savoir Kadio Niang de Solar Ecobat, Mouhamed Limame de T-Pub, Diadié Soumaré de Daado Sarl et Med Baba Said de Typha Alimentation Animale.
Dans ce billet je vous retranscrit une synthèse des interventions de Carlos Lopes et Abdelmalek Alaoui lors de la table ronde ayant pour thème : L'Afrique: c'est maintenant !
Carlos Lopes
"Ce qui de la connaissance économique, c'est seulement 17 pays qui ont des comptabilités nationales à jour, ce qui veut dire que nous ne connaissons pas exactement la taille et la structure des économies donc on est très dépendant des externalités c'est à dire des éléments d'informations qui sont produits de facto par les transactions que nous avons avec l'extérieur. Donc cela nous pose la première question: qu'est ce que l'on connait ? On ne connait pas grand chose, on est tributaire des projections, on a tendance à survaloriser les aspects domestiques, survaloriser les aspects externes. C'est pourquoi cela devient important de constater que nous avons 60% de nos exportations dans l'ensemble du continent qui dépendent des matières premières donc 40% de combustibles fossiles. Ce qui veut dire que nous avons effectivement un modèle colonial qui est resté jusqu'à nos jours l'élément principal de l'économie. Et donc cette externalité qui est la dépendance des matières premières nous oblige à avoir un peu de modestie pour toutes les transactions que nous faisons concernant par exemple l'analyse de risque, les possibilités offertes par notre zone de libre échange(ZLECA) que nous sommes en train de mettre en place, [..] on est obligé à avoir un peu plus de modestie et parce que nous avons ces déficits d'informations, nous avons ces tendances à ne pas mettre à l'évidence les opportunités malheureusement.[..] dès que l'on a de bonnes nouvelles pendant 2 ou 3 ans on est tout excité on dit que c'est l'essor de l'Afrique, parce qu'on est pas très confortable avec la complexité, le fait de reconnaître une Afrique qui est beaucoup plus difficile à percevoir du point de vue économique [..]"
" [..] tout d'abord, il faut faire la part des choses. L'industrialisation ce n'est pas seulement de construire des usines, c'est d'amener les économies à l'ère industrielle c'est à dire à des relations qui sont modernes avec des mesures de la productivité qui sont complétement différentes, avec des chaînes de valeurs, une connexion entre l'agriculture et le secteur industriel qui est beaucoup plus poussé qui permet justement de gains qui sont énormes en terme d'intégration de la force de travail, etc... Donc quand on regarde ce canevas de défis qui sont liés à la transformation structurelle, on peut se demander si l'Afrique a vraiment le loisir de pouvoir maintenant rentrer dans l'industrialisation, est ce que ce n'est pas trop tard, est ce que l'on a pas déjà raté le train et très souvent on dit il y a la robotisation, l'automatisation donc nous sommes arrivés trop tard pour cette fête. Ce n'est pas tout à fait vrai. [..] C'est la raison pour laquelle il faut repenser le développement d'une façon complètement différente. Tout d'abord, il faut mettre à l'évidence et Abdelmalek vient de le faire que nous sommes vraiment des possesseurs de matières premières mais aussi de matières premières stratégiques pour l'avenir, parce nous avons non seulement les minerais qui sont les plus importants pour la transition écologique notamment dans le domaine de l'énergie, les voitures électriques on va les faire comment, il faut les batteries, c'est de lithium, du cobalt etc, c'est des minerais qui sont en grande majorité en Afrique, la même chose avec les terres rares, la même chose avec la possibilité de production de l'hydrogène parce que les conditions parfaite pour sa production c'est a la confluence entre la mer et du désert. Donc nous avons ces atouts mais à ces atouts nous devons ajouter que nous avons une main d'œuvre qui sera plus importante après 2034 dépassant la Chine et l'Inde [..] "
Abdelmalek Alaoui
"Depuis un moment j'ai essayé d'appréhender les ruptures et permanences du berceau de l'humanité. Mais je pense que cette question du temps de l'Afrique ne peut pas être une incantation. Dans une économie de plus en plus interdépendante et globalisée cela doit être une obligation, parce que l'échec de l'Afrique, d'un continent qui serai laissé en marge de la marche du monde c'est un échec collectif, c'est 30 millions de refugiés climatiques, c'est des difficultés très importantes pour l'accès aux matières premières dont on a besoin pour les objets du quotidien. Pas uniquement le pétrole, les énergies fossiles, ça c'est un sujet qui est entrain de disparaître avec le 20ème siècle mais pour faire des smartphones pour avoir accès aux terres rares etc. Et je pense que sur le temps du contient et sur ce moment très particulier et ce moment du Covid qui a été à une photographie ce qu'est une chambre noire c'est quelque chose qui a révélé les faiblesses comme les forces parfois sous estimées de certains pays, il y a un élément clé. Le plus difficile ce ne sera de battre le Covid pour l'Afrique, le plus difficile ce ne sera pas de restaurer les équilibres macro économiques et trouver de l'argent pour le relance[..] Le plus difficile ça va être de combattre définitivement les idées reçues. Vous noterez avec moi que le pays qui aujourd'hui a des difficultés de supply chain et qui empêche les enfants d'acheter des céréales au supermarché c'est la 5ème puissance mondiale, c'est l'Angleterre ce n'est pas l'Afrique. Le pays qui a connu une des plus grande extinction des réseaux [sociaux] qui a fait que beaucoup d'entre vous ont certainement redémarrer frénétiquement leur téléphone hier en disant c'est quoi le problème avec WhatsApp ce n'était pas en Afrique. Donc il faut que l'on regarde les zones de fragilité qui sont too big to fail d'une économie qui est devenue folle qui a créé des montres financiers et technologiques qui possèdent aujourd'hui 80% de nos vies privées et nous Africains, le fait que l'on soit resté en marge de cette économie globalisée pendant un certain temps, ça nous a permis de nous protéger pendant un moment mais aujourd'hui nous sommes au moment où il faut pouvoir imaginer tous les possibles ensembles et en ayant un discours de vérité avec l'occident en leur disant vous allez devoir partager une partie des fruits de la croissance et cela ne doit pas être juste de l'incantation et dire que l'on va faire un colocalisation, il va falloir réduire une partie de vos revenus et les partager avec un continent dont vous avez besoin parce que c'est votre marché de demain. Si vous voulez vendre des trains, si vous voulez vendre des avions. il y a à cet égard pour être chauvin des pays qui ont des trajectoires exemplaires. Par exemple le Maroc qui 65% de sa population est vacciné et met 10% de son PIB dans son plan de relance [..] et pour terminer je vous dirai une chose très simple, faisons attention aux mots que l'on utilise. Il y a quelques jours, j'ai vu un grand quotidien du soir qui parlait de cette fameuse histoire des visas que tout le monde parle et il disait pour parler d'un pays du Maghreb, du Maroc en l'occurrence, le Maroc était jusque là considéré comme le bon élève. Mais le bon élève de qui ? Qui est le professeur ? Où est le maître ? Nous ,on a inventé le zéro(0), les Arabes. Je pense qu'il y a quelque chose qu'il faut changer à ce niveau là et il faut nous regarder différemment et il y a besoin d'un partenariat d'égal à égal si on veut vraiment que le temps du continent ait de la substance et que cela ne soit pas juste des mots."
Les participants à cette table ronde :
- Carlos Lopes, Economiste, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique
- Abdelmalek Alaoui, Président Directeur Général, GUEPARD Group
- Hafsat Abiola, Présidente, Women in Africa
- Selin Ozyurt, Senior Economist France & Africa, Euler Hermes
- Laurent Goutard, Responsable Afrique, Bassin Méditerranéen et Outre-mer, Société Générale
Animé par Fatimata Wane-Sagna, journalise, France 24.

